Il n'était pas question de garder les élèves après la classe.
Leurs parents étaient tous cultivateurs et ils devaient aider à faire le train:
traire les vaches, écremer le lait, arracher le
foin dans la tasserie, nourrir les animaux, écurer l'étable.
Les élèves s'absentaient souvent, surtout pour ramasser les pataques
à l'automne et pour ramasser l'eau d'érable au temps des sucres.
Si la maîtresse était malade, elle faisait la classe le samedi.
Lorsque cette dernière n'habitait pas à l'école les fins de semaine,
elle devait retourner chez elle. L'hiver, ce n'était pas chose facile.
Même si les chemins étaient balisés, lors d'une tempête, le cheval prenait le côté du chemin
et la carriole ou le berlot chirait, s'enlisait ou se renversait.
Le soir, la maîtresse allait parfois jouer aux cartes chez un cultivateur .
Quelqu'un venait la chercher et la ramenait avec son cheval trotteur.
Avant de se coucher, la maîtresse plaçait un objet de piété
ou les annales de la bonne Sainte-Anne et une lumière de poche
sous son oreiller, pour être plus en sécurité et se protéger. Loin des voisins,
elle avait peur.
Les maîtresses sont nostalgiques quand elles se rappellent les
souvenirs de leurs années d'enseignement. Elles citent souvent
cette phrase de l'évangile: Ceux qui enseignent aux plus petits
des miens brilleront comme des étoiles durant toute l'éternité.
Il y avait les bleus et les rouges. Les parents se chicanaient,
surtout au temps des élections. Mon père avait un beau pic de gravel.
Vu qu'il était rouge, y vendait pas de gravel pour les chemins.
Ceux qui allaient à l'école en voiture à cheval,
ceux qui n'étaient pas du même bord, ils ne les embarquaient pas.
Les parents allaient dire des bêtises à maîtresse. (Beauce, A. Lessard)
Le rang Saint-Jacques, à cette époque, possédait des éleveurs de renards argentés. C'était la fourrure du temps. Les jeunes du rang étendaient des pièges aux siffleux, marmottes, car ils vendaient leurs prises 5 cents. La viande de ces animaux servait de nourriture pour les renards. Un beau matin, notre élève va visiter ses pièges et constate que c'est une mouffette qui s'est fait attraper. Il déprend l'animal et continue vers l'école. La maîtresse, sans hésitation, retourne l'enfant chez lui en disant qu'elle n'aimait pas ce parfum. (Pont-Rouge, Denise Lamothe-Julien).
 l'âge de cinq ans, durant l'hiver 1935, mon père Ls-Philippe Carrier m'amena à l'école d'en haut du rang 11 d'Inverness, rang surnommé de la côte de la chapelle, pour livrer une charge de bois de chauffage. On me fit entrer dans la classe par la porte du hangar, face aux élèves. Mes frères m'avaient parler du grand tableau noir que je voulais absolument voir. J'entrai donc face aux élèves qui tous me regardaient. Je fus complètement figé. J'ai aperçu vaguement quelques-uns de mes quatre frères. Je n'ai rien vu d'autres, même pas le fameux tableau qui était derrière mon dos.
Mme J.C. Bisson raconte que pour les petits, l'institutrice du rang était presque un dieu. L'enfant était dans un milieu rural et il ne sortait pas du tout de chez lui. Alors, pour lui, l'école c'était une aventure, comme les enfants d'aujourd'hui, aller sur la lune. (Jacques Dorion)