Le travail

Mesdemoiselles, prenez le temps d'éduquer vos élèves en les habituant à être propres, distingués, polis. Apprenez-leur à soigner, sans orgueil, leurs cheveux, leur figure, leurs habits; à être délicats; à soigner leur voix, leurs gestes; à saluer leurs supérieurs; à bien manger.
Tenez surtout à ce que vos élèves sachent bien additionner, soustraire, multiplier et diviser; si vous ne commencez pas par une base solide, c'est l'écroulement et le découragement quand vous arriverez à enseigner les fractions décimales, les fractions, etc.
Dites un mot de temps en temps sur l'agriculture. Notre population ne restera bonne religieusement et civilement que si elle reste en majeure partie attachée à la terre. Enseignez la noblesse de l'agriculture, les avantages qu'elle donne; le bonheur de vivre heureux, content, en plein air, libre, au milieu des oeuvres de Dieu. (Abbé J.-Ovide Cliche, 1915)

Le but d'une caisse scolaire est de recueillir les sous des enfants et de former ceux-ci à l'épargne. Ces caisses ont déjà donné des résultats surprenants. À Lévis en trois ans les élèves des écoles ont économisé plus de $4,600.00 Demandez à votre curé de vouloir bien s'y intéresser.
Dites souvent à vos élèves que les liqueurs enivrantes ruinent la santé en brûlant les organes essentiels à la vie; qu'elles rendent l'homme plus bête que l'animal; qu'elles conduisent à la folie et à la mort éternelle. (Abbé J.-Ovide Cliche, 1915)

Devoirs de l'institutrice avant la classe:
École bien chauffée et ventilée. Classe bien préparée. Devoirs corrigés. Toujours au poste à l'heure d'ouverture.
Devoirs pendant la classe:
Donnez tous vos efforts pour bien enseigner. Prenez les meilleures méthodes. Enseignez avec clarté. Faites prier vos élèves à l'entrée et à la sortie de l'école. Suivez le programme. Suivez les conseils de l'inspecteur. Faites progresser vos élèves.
Devoirs après la classe:
Ouvrez les fenêtres. Balayez le plancher. Étudiez pour préparer la tâche du lendemain. Ne perdez pas votre temps dans les veillées dangereuses et frivoles. (Abbé J.-Ovide Cliche, 1915)

Le porte-plume en bois avec sa douille et sa fine pointe très aiguë était à notre usage. Nos élèves se procuraient ce petit outil de luxe au prix de deux pour un sou. Celui-ci servait aux exercices appliqués d'écriture. (Antoinette Gilbert)

Apprenez aux enfants à bien tenir leur plume, à prendre une position régulière et hygiénique. Tracez le modèle au tableau noir et surveillez l'imitation par les élèves. (Abbé J.-Ovide Cliche, 1915)

Un trou au milieu du pupitre recevait un petit encrier. La maîtresse devait le remplir périodiquement d'encre bleue à partir d'une bouteille d'environ un litre. Seuls les grands écrivaient à l'encre. C'était de la calligraphie. Il fallait étamper au papier buvard les mots fraîchement écrits et surtout les bavures et les taches. Tous enviaient l'encre rouge mais elle était réservée à la maîtresse pour les corrections.
Les élèves utilisaient souvent l'ardoise, une pierre tendre et feuilletée d'un gris bleuâtre, pour écrire et compter. La plaque d'ardoise était dans un cadre en bois. Un crayon spécial à pointe dure rayait finement l'ardoise et laissait une trace d'un gris pâle qui pouvait s'effacer facilement. Elle était utilisée pour les dictées, pour le calcul et pour le brouillon des rédactions. Non loin de mon école du rang 11, il y a le fameux Sault-Rouge constitué d'un minéral d'ardoises rouges: on s'amusait à y écrire dessus, comme à l'école.

Il y en avait à la portée de toutes les bourses: à dix sous... Plusieurs d'entre vous doivent avoir souvenance, d'avoir comme moi, effacé cette ardoise avec leur salive, il faut bien l'avouer sans fausse honte. Pour ma part, j'ai introduit l'usage du tampon et de la bouteille d'eau. C'était un progrès! (Antoinette Gilbert)

"La souris(i) Trotte-Menu(u) de MON PREMIER LIVRE DE LECTURE épie (i) les "u" ; qu'on trace sur les ardoises. Les billes du boulier compteur se bousculent joyeusement. Une plume gratte un cahier chatouilleux: un buvard vient soulager les égratignures laissées par un exercice d'écriture encore tout frais... La maîtresse circule dans les allées et interrompt parfois les rêveries par une leçon appliquée d'hygiène et de bienséance, en tirant une oreille mal nettoyée ou en claquant sa règle sur les doigts des impolis... Au fil des heures, la journée s'écoule et vient le temps de sortir les calepins pour noter les devoirs et les leçons du soir." (Cahier, Ecole du rang II, Authier, Abitibi, pages 7 et 8, vers 1910. Cité dans Cinq Chicots)

La maîtresse enseignait dans une école sans électricité ni eau courante. En hiver, ce n'était pas facile de garder son linge de dehors pour se préserver du froid. Les heures n'étaient pas comptées: il fallait avoir la vocation. Il fallait agir avec souplesse et fermeté, avoir de l'autorité sans crier, être juste et avoir une conduite modèle.
La maîtresse doit habiter l'école durant la semaine, du mois de septembre au mois de juin. Elle doit chauffer le poêle à deux ou trois ponts, balayer tous les jours, laver le plafond et les murs une fois par année, avoir un habillement modeste et enseigner toutes les matières à une vingtaine d'élèves de 7 ou 9 niveaux différents. L'institutrice enseignait la religion, l 'histoire sainte, l'arithmétique, la géométrie, la grammaire, la diction, le bon langage, l'anglais, l'histoire du Canada, la géographie, la bienséance, la calligraphie, la gymnastique, le solfège, l'hygiène et l'agriculture.

Au cours de mes longues années d'enseignement , je n'ai jamais bénéficié de la possession d'un dictionnaire. (Antoinette Gilbert)
En 1979, cette denière demande à Félix-Antoine Savard de corriger le manuscrit de ses souvenirs de l'école de rang. Vieux et surchargé, lui écrit-il de sa main, je ne puis corriger votre manuscrit, même s'il doit être intéressant pour l'histoire. Essayez de trouver à La Malbaie ou à Clermont quelqu'un qui enseigne le français et consentirait à corriger votre manuscrit.
Je comprends la décision qu'a prise à regret Mgr Savard... Le texte d'Antoinette Gilbert souffre de longueurs. Beaucoup de phrases devaient être reconstruites. Sa plus grande valeur c'est d'être intéressant pour l'histoire. Je n'en souhaiterais moi-même pas plus.

Voici comment se passait une journée d'hiver dans une école de rang.
Je me levais à l'aube. Ma première préoccupation était d'allumer le poêle à deux ponts. J'y cuisais mon déjeuner. Ensuite je me lavais la figure dans un grand bol d'eau claire.
Mes élèves n'avaient pas tous le même âge. Certains étaient en première année, d'autres en septième; mais tous s'entendaient assez bien. Je rédigeais minutieusement ma préparation de classe adaptée à chacune de mes divisions et puis, j'écrivais les travaux de chaque division au tableau noir.
À partir de 8 heures, mes élèves, grands et petits, arrivaient par famille. La classe commençait à 9 heures. Je leur enseignais le catéchisme, l'histoire sainte, le français, l'arithmétique, la bienséance, l'hygiène et les travaux manuels. Ils recevaient même des notions d'agriculture, d'anglais et de chant.
À midi, je sonnais la cloche pour annoncer l'heure du dîner. Les enfants ouvraient alors les sacs de papier qui contenaient leur repas. Je me retirais momentanément dans ma cuisine pour mon propre repas. Jusqu'à une heure, les élèves pouvaient s'amuser dehors. De nouveau, la cloche sonnait. Ensemble, on disait le chapelet et l'enseignement reprenait.
À 4 heures, les écoliers retournaient chez eux. À la lueur de la lampe à l'huile, je corrigeais les travaux, préparais les bulletins. Dans un cahier spécial appelé le journal d'appel, je notais les présences et les absences de la journée. Je faisais également le ménage de l'école.
Peu avant minuit, j'emplissais le poêle de grosses bûches et je profitais des bienfaits d'un sommeil réparateur qui me permettait de recommencer le lendemain. (Cinq Chicots)

Beaucoup d'élèves et moi-même devions dîner à l'école. Ce n'était pas de tout repos de laisser une famille semblable, si peu homogène, se débrouiller au petit bonheur. C'est moi qui devais assurer la surveillance de tout ce petit monde. Après le dîner, pendant que les enfants jouaient, je continuais les corrections d'exercices et de devoirs journaliers, car des piles de cahier reposaient toujours sur le pupitre. (Antoinette Gilbert)

Et il aurait fallu qu'elle organise les jeux.

Mlle Ruth Fortin raconte que la plupart des élèves qui dînaient à l'école n'avaient presque rien à manger. Plusieurs fois, je donnais à manger à des élèves car ils se passaient de dîner. J'ai dit: "Si vous voulez, vous direz à vos parents qu'ils viennent me voir, puis on va parler de l'histoire du dîner. Je vais faire de la soupe si les parents veulent me fournir la viande." Tout le monde faisait la boucherie, soit des os pour la soupe, des tomates, des pois, des choses comme ça. Plusieurs parents le soir même sont venus. Alors, je faisais une chaudière de soupe de trois ou quatre gallons et puis ils apportaient du pain sec. Ils mangeaient de la soupe avec du pain pour leur dîner. Je préparais ça le soir d'avance. J'ai fait ça tout l'hiver. Durant la récréation ou quand je passais, je brassais la soupe. (Jacques Dorion)

Il y a belle lurette que, chez nos frères d'autre langue, l'on a organisé les amusements à l'école. La récréation n'est absolument pas organisée dans nos écoles rurales. Autour de l'école, un terrain vague, tel que la nature le présente, une fondrière souvent: c'est tout. À la moindre pluie, un cloaque. Et pour amuser les enfants, rien. Ils sont livrés à l'instinct de leur brutalité naïve, ou abandonnés à la niaiserie de leur âge inexpérimenté. Il n'en peut sortir rien de bon. (La Palme)

En aucun temps, il était permis de demeurer inoccupée. Les tableaux noirs, les copies à la gélatine, les feuilles volantes, les cahiers d'exercices constituaient un matériel didactique précieux à cette époque.
La préparation des élèves à la profession de foi et au certificat d'études de septième année exigeait beaucoup de temps, pour ne pas dire de travail supplémentaire, même le samedi. Lorsque j'apprenais que l'Inspecteur rôdait dans la paroisse, vite je m'efforçais de mettre certains dossiers à jour: cahier de préparation de classe, journal d'appel et des visiteurs, cahiers des élèves, dessins les mieux réussis, etc. (Pont-Rouge, Antoinette Martel)

Le matin, c'était la leçon de religion suivie de l'Histoire sainte et du français. L'après-midi, c'était le calcul, la géographie ou l'histoire. Le vendredi c'était du dessin tout l'après-midi. Il y avait un petit journal ou il y avait toutes les matières et des dessins. ( Probablement les feuilles volantes) J'étais bon en dessin. Je faisais de temps en temps ceux des autres. On dessinait des cabanes à sucre, des érables. L'automne, des feuilles qui tombent. Mes plus beaux souvenirs. Les souvenirs d'enfance sont les plus beaux.(Beauce, A. Lessard)

Les commissaires ont oublié d'autres tâches : conciergerie, secrétariat, surveillance à l'heure du dîner, invention d'activités récréatives, réchauffage des lunchs de certains écoliers, etc." (Dt-Damien-de-Brandon)

Il faisait bon se réchauffer près d'un beau poêle à deux ponts. Pomper l'eau, aller à la toilette au froid, rentrer le bois, pelleter la neige, faire le ménage, toutes ces activités faisaient partie de la vie de campagne. (Cap-Rouge, Madeleine Marois)

De plus, pour obtenir un supplément de 18$ à la fin de l'année, j'avais accepté de laver les planchers à genoux, à la brosse, à la fin de chaque mois. (Pont-Rouge, Antoinette Martel)

Mon salaire s'élevait à 225$ par année et je devais fournir tout ce qu'il fallait pour le ménage et les autres dépenses qui se présentaient pour aider et éduquer les élèves. (Pont-Rouge, Cécile Bussières)

Le ménage se faisait un peu au fur et à mesure comme dans nos propres maisons. Chaque soir, les bouts de papier se jetaient au poêle, les écorces et copeaux épars autour étaient balayés deux ou trois fois par jour.
Chaque vendredi après la classe, c'était le balayage, le rangement des pupitres, l'époussetage, l'aération complète. Il y avait aussi le ménage printanier. Les élèves, ayant apporté chiffons et savons, frottaient leurs bancs et pupitres et le bas des cloisons imprégnées d'une grosse barre crasseuse qui servait de garde-chaises. Depuis longtemps, les vitres étaient plutôt opaques, les filles s'efforçaient de leur rendre leur transparence première. (Antoinette Gilbert)

Les matins de grand froid, ce n'était pas rare qu'il faille aller chez le voisin pour chercher une chaudière d'eau, la faire chauffer pour dégeler la valve de la conduite d'eau au sous-sol. (Cap-Rouge, Jeanne Beaumont)

L'unité sanitaire du comté venait donner certains vaccins aux enfants.

Quand la garde-malade venait, on avait peur. Ça sentait le chloroforme. Elle nous donnait des piqûres. Durant les récréations, on rentrait le bois. La maîtresse gardait les plus fins après la classe pour balayer le plancher. Elle leur donnait parfois une pomme. (Beauce, A. Lessard)

L'école commençait le 1er septembre et se terminait le 23 juin. Il y avait congé à la Toussaint (1er nov.), à l'Immaculée-Conception (8 déc.), tous les jours durant le temps des fêtes, du 25 déc. au 7 janvier: Noël (25 déc.), Jour de l'an ou fête de la Circoncision de Jésus qu'on nous gardait bien de nous expliquer (1er janvier), Les Rois (6 janvier), le Jeudi saint, le Vendredi saint, le jeudi de l'Ascension. L'assistance à la messe au village était obligatoire ces jours de fête.

Lorsque le texte qui suit fut écrit en 1937, la plupart des écoles de rang n'avaient pas l'électricité. Auguste La Palme parlait de haut et de loin: une espèce de conseiller pédagogique provincial!

À défaut de cinématographe trop dispendieux, la lanterne de projection rendrait les plus grands services à la maîtresse dans l'enseignement de presque toutes les matières scolaires et lui permettrait de multiplier à l'infini la leçon de chose si précieuse au jeune âge. (La Palme)

Les commissaires ruraux ne peuvent apprécier le concours nécessaire dont ils devraient seconder les efforts des maîtresses : ces dernières savent qu'elles n'ont pas d'exigences pédagogiques à faire valoir. Incomprises et sans influence, toute leur politique est de s'effacer. Ce sont des découragées qui ont raison de l'être. Leur instabilité, leur circulation incessante d'une école à l'autre résulte de la même situation; la juste qualification des meilleures et l'élimination énergique des autres est est relativement impossible avec la commission telle qu'elle est composée maintenant. (La Palme)

Les cultivateurs considéraient les gens qui étudiaient ou qui avaient un peu d'intruction comme des paresseux, des gens qui ont le crayon su l'oreille. C`était dû au fait qu'ils travaillaient très dur et qu'ils étaient des frustes, des rustres. J'en étais. Dans ces conditions, la délicatesse a peu sa place. Ayant poursuivi des études, je fus considéré moi-même comme une famellette.
La maîtrese, étant incapable de se livrer à des travaux manuels nécesaires, était aussi à leurs yeux une fainéante, une bonne à rien.

Auguste La Palme parsème son livre de perles, si je puis m'exprimer ainsi. Il n'avait pas les pieds à terre; l'élimination des autres aurait amené la disparition d'une bonne partie des écoles rurales. La moitié des maîtresses de rang qui m'ont enseigné avaient un an d'étude ou deux après le certificat de 7ème année et étaient âgées de 16 ou 17 ans.

Des assemblées publiques le plus souvent composées d'hommes se tenaient souvent dans l'école de rang. Le fameux faites comme chez vous y était à l'honneur. Peu de délicatesse et de prévenances chez ces hommes rudes! Ce que raconte A. P. Morin, maîtresse d'école dans la région de Trois-Rivières en 1908, je l'ai moi-même constaté lors de réunions d'élections 35 ans plus tard. De 80 à 100 hommes passent de 7 hrs PM à 3 hrs du matin dans la classe à fumer à cracher sans gêne, on vide le contenu des pipes n'importe quel endroit ou met les pieds sales sur les pupitres; quand ces messieurs partent ils laissent portes ouvertes et le tout en grand désordre... le plancher couvert de crachats et de cendre le lendemain les élèves arrivent et restent dans cette saleté...
La maîtresse en subissaient les conséquences.

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depuis le 26 nov.1998