Mélodie, Séraphine ou Nastasie , ces petites maîtresses d'école de rang du début du siècle,
et de la fin du précédent, avaient commencé par gagner 90$ par année, puis 100$.
Elles en étaient à 300$ vers 1925. Elles trouvaient que ce n'était pas beaucoup.
Mais il y avait eu un temps, un peu avant 1850, où même ces sommes avaient été trouvées
exorbitantes par les contribuables à qui on venait d'annoncer que dorénavant, ils allaient
devoir payer une taxe scolaire pour chaque enfant de 6 à 14 ans, qu'il fréquente l'école ou pas.
Furieux, certains de ces gens-là s'étaient regroupés : "Ils vont tout de même pas nous faire payer
pour les écoles!" Et ils avaient mis le feu à des écoles en plus d'intimider les percepteurs, pour bien
montrer qu'ils étaient sérieux. Ils mettaient le feu et on les a appelés les Éteignoirs, parce qu'on
pensait d'eux qu'ils étaient les éteignoirs du savoir. (Cinq Chicots, Louis Caron)
Avant 1940, une maîtresse gagnait environ 300$ par année, soit un dollar par jour. Après 1945 le salaire était d'environ 500$. En 1950, certaines étaient payées 1000$ par année. Peu de maîtres d'école enseignaient dans les écoles rurales. René Noreau, à l'école du rang d'en bas de Neuville, gagnait 300$ vers 1930. L'équité salariale existait à cette époque...
Voici ce que m'a confié Rose de Lima Bégin épouse d'Edmond Pelchat, ma tante, née en 1909.
Septembre arrive. En 1927, j'enseigne à l'école de la Grand-Ligne de St-Isidore
que j'avais fréquentée étant jeune. Ma soeur Bérénice Bégin et mon frère Rosaire Bégin
sont dans ma classe. Il y a deux classes à divisions multiples. Cécile Parent enseigne aux petits
et moi aux grands. J'ai 28 élèves de la quatrième à la sixième année. Je voyageais à pied.
Je recevais 250$ pour l'année. Selon la coutume de l'époque, je n'en voyais pas la couleur!
La paie de juin était moindre. La commission scolaire envoyait un montant pour le fond de pension.
Suite à ma demande, en 1992, je fais les démarches nécessaires et je retire 10$, sans intérêt,
montant que j'avais payé 65 ans auparavant. Les cours duraient de 09:30 à 15:30.
Je dînais à l'école. Le matin, il fallait allumer le petit poêle à bois: ce n'était pas chaud.
La toilette était au bout d'un long corridor, à l'extérieur, au froid. Parfois on gardait deux
ou trois envies ensemble, pour ne pas se faire geler le précieux ou la précieuse...