Certaines personnalités qui brillent au plus haut rang n'auraient pu atteindre ce palier, sans cette humble
ouvrière, qui, dès son âge le plus tendre, a ouvert pour lui, sur ses genoux, la première A, B et C.
J'oserais mettre en parallèle la modeste maison d'école et l'université aux dimensions imposantes que
nous, les humbles campagnards, osions à peine regarder en face.
L'institutrice portait à juste titre le nom de maîtresse d'école. Si on compare la mère au foyer, qui règne
en maîtresse dans sa maison, on comprendra facilement que le foyer était transposé à l'école
puisque le rôle de l'institutrice du temps pouvait se comparer à celui de la mère à divers
points de vue. Les gens surnommaient l'institutrice, la maîtresse d'école, c'était significatif
dans l'esprit du peuple.
Chacun ressentait la nécessité d'engager une maîtresse d'école pour enseigner aux enfants.
Le mot maîtresse fait image, mais entre les quatre murs de l'école, sans plus.
À l'orée de la forêt, là où quelques familles gagnaient leur pain quotidien, l'institutrice y était
aussi pour les seconder dans leur tâche laborieuse de faiseurs de pays.
(Antoinette Gilbert)
Parmi les qualités à posséder pour bien enseigner, qu'il me suffise de vous citer les suivantes: la science suffisante, l'autorité, la dignité, le zèle, la ponctualité, la préparation des classes, la justice, la piété, la douceur, la patience, l'étude des caractères, aimer tous les élèves également, savoir surveiller, savoir enseigner, aller du concret à l'abstrait, aller du connu à l'inconnu, savoir grouper ses élèves, explications claires, leçons courtes et bien apprises, devoirs courts et bien faits, et surtout, connaître la science pédagogique. (Abbé J.-Ovide Cliche, 1915)
L'âme de l'école de rang, c'était la maîtresse d'école. Après les parents et le prêtre,
elle jouait le rôle le plus important dans la destinée des enfants. À la fois surveillée
et soutenue par l'inspecteur d'école, le curé du village, les commissaires et les parents,
l'institutrice transmettait nos valeurs sociales et religieuses. (Cinq Chicots)
D'abord malgré son âge, il faut dire que c'est un personnage important.
Cela tient au fait qu'il n'y a pas beaucoup de notables dans l'unité sociale
que constitue le rang. Tous les cultivateurs, quelques-uns plus riches que
d'autres, pratiquent le même métier et font face aux mêmes
exigences. Le seul lieu qui les rassemble, c'est l'école, à tel point que
plusieurs commentateurs n'ont pas hésité à dire que l'école est au rang ce
que l'église est au village. La maîtresse d'école de rang n'a évidemment
pas l'autorité du curé, mais elle assume, comme lui, un devoir d'exemple :
sa conduite doit être exemplaire.
L'institutrice loge le plus souvent à l'école, derrière la salle de classe ou
au-dessus : ce qui s'y passe le soir ne doit pas entacher des lieux où vont
se retrouver au matin, vingt, trente, quarante petites âmes innocentes.
Pas question d'y emmener les garçons qu'on fréquente. Vous en parlerez
à Mathilde Millette qui a fait l'objet d'un procès devant le département de
l'Instruction publique pour s'être promenée, le soir, en voiture, avec un
jeune homme et l'avoir invité dans la maison d'école. Les parents montent
leurs enfants contre la maîtresse et ceux-ci témoignent qu'elle les a fait
charroyer de l'eau et scier du bois au-dessus de leurs forces. Emérance
Lafrenièere jure, pour sa part, qu'elle a entendu Mathilde Millette dire que
le curé Bouchard avait un bonnet sale et qu'il n'y avait pas assez de
savon pour le laver, vu que la crasse était en-dessous du bonnet.(Cinq Chicots,
Louis Caron. Racontages. Montréal, Boréal Express. 1983. 183 pages.)
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