L'inspecteur

Il n'y avait pas avant de visite d'inspecteur à Rivière-au-Tonnerre. C'était l'évêque du diocèse qui portait le titre d'inspecteur d'école à Québec. C'était les curés qui visitaient les classes. Probablement qu'il faisait un rapport à l'évêque et ce dernier faisait un rapport au surintendant. Mgr Labrie, en démissionnant comme inspecteur d'école, dut se trouver un remplaçant à la demande du surintendant. Il m'a proposé. Il me demanda de démissionner comme professeur à Baie-Comeau en me disant que je venais d'être nommé inspecteur d'école. (Roland Richard, Côte Nord)

Les tâches de l'inspecteur consistaient à visiter les écoles de son district, examiner les maîtresses, inspecter les fonds du secrétaire-trésorier et les registres des commissaires d'école.

L'inspecteur devait effectuer deux visites par année à chaque école pour vérifier si l'institutrice suivait bien le programme. Il en profitait pour conseiller, réprimander ou récompenser selon le cas. Il donnait aussi congé, quelques volumes et une prime de succès à l'institutrice, si méritée.
(St-Damien-de-Brandon, 1871)

L'inspecteur d'école était entre autres l'agent de liaison entre les commissaires et le département de l'instruction publique. Il devait visiter jusqu'à 250 écoles deux fois par année. Il examinait tout: l'institutrice, les enfants, les lieux, si tous les réglements étaient appliqués, le salaire de l'institutrice souvent insuffisant, etc. Il faisait toujours un rapport écrit. Cependant, amicalement, il rencontrait quand même les commissaires pour les convaincre des améliorations à apporter. Le Curé intervenait parfois, de par son autorité morale, même au prône de la grand-messe du dimanche. En dernier essor, le Surintendant menaçait de couper les subsides.

En 1956, j'ai moi-même reçu la visite de Monsieur l'Inspecteur dans ma classe. On m'avait prévenu qu'il me fallait donner une dictée en sa présence et faire chanter mes élèves. Je n'avais aucune disposition pour le chant. J'ai utilisé un disque de la bonne chanson. J'ai finalement réussi à les faire chanter, en battant la mesure à quatre temps: Les gens de la campagne ignorent leur bonheur...

Les visites du curé ou du vicaire, et surtout celle de Monsieur l'Inspecteur, étaient attendues avec un certain énervement. Dés que l'annonce m'en était faite, je passais par toutes les phases de l'anxiété. Mon coeur battait si fort à l'arrivée de ces imposants personnages que j'avais peine à leur offrir un accueil convenable. Je ne redevenais moi-même que lorsque la porte se refermait sur leurs derniers compliments! (Vénérande Douville-Veillet)

Quand l'inspecteur passait, notre maîtresse avait trouvé un bon truc. Elle faisait apprendre par coeur des questions préparées à l'avance. Pendant que Monsieur l'inspecteur Filteau regardait nos cahiers, la maîtresse nous questionnait et nous avions un bon rapport. Mais, pour nos petites têtes d'enfants, c'était de la tricherie. (Pont-Rouge, Thérèse Juneau)

Parfois ça cognait à la porte. L'inspecteur pouvait venir à l'improviste. La maîtresse nous avait appris à chanter et à répondre aux questions pour qu'on soit pas trop ignorant. (Beauce, A. Lessard).

Lors de la visite de l'inspecteur, plusieurs institutrices s'empressaient de mettre dans le poêle une grosse bûche afin de ne pas devoir faire du feu pendant que celui-ci était dans l'école et recevoir ainsi une mauvaise note. D'autres institutrices se servaient du poêle pour écourter la visite de l'inspecteur: ainsi madame Jean-Claude Dupont nous a raconté que des institutrices chauffaient le poêle à pleine capacité afin de l'indisposer et de le pousser à procéder plus rapidement. (Jacques Dorion)

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