Les fêtes dans l'école

La plus grande fête de l'année à l'école était la Ste-Catherine, le vingt-cinq novembre. La maîtresse faisait parfois cuire elle-même la tire et l'étirait. D'un beau jaune doré, elle était délicieuse à manger. Les élèves en mangeaient à s'en rendre malade: ça pressait pour se rendre aux bécosses.

Au début de la colonie, on fabriquait cette tire à la mélasse bien avant la tire d'érable. La façon de la préparer fut à l'origine de ce mot qui par la suite fut naturellement utilisé pour la tire d'érable sur la neige. Ce mot n'a pas d'équivalent en langue anglaise: sugar on snow ou toffee on snow. "C'est à l'époque de la Sainte-Catherine et durant la saison des sucres, dans les fêtes qui se donnent aux sucreries situées dans le voisinage des villes et des villages, que le sirop se tire ou s'étire avec le plus d'entrain et de gaieté." (Jean-Rivard par Gérin-Lajoie. 1862.)

C'est vers le 25 novembre que nous arrive la première bordée de neige de l'hiver. Il se fabriquait à cette occasion une tire à base de mélasse qu'il fallait étirer, couper en bouchées et envelopper dans des papillotes. Dans les écoles primaires, cette fête durait tout l'après-midi, parfois toute la journée. On distribuait des poignées de kisses aux élèves.

Tout ce petit monde était heureux de fêter la Sainte-Catherine. Sketchs, jeux, dessins, chants, danses, tires, remplaçaient les cours sérieux et traditionnels. Puis, le soir venu, tous repartaient allègrement, car c'était congé de devoirs et de leçons. (Pont -Rouge, Antoinette Martel)

Cette fête était très populaire les premières années que j'allais à l'école. En ce jour, il n'y avait pas de travail à faire ou très peu. Nous organisions des jeux, de petites pièces de théâtre... Après 50 ans, certains se souviennent encore d'une phrase qu'ils avaient à dire, comme A. Lessard: "Le cheval me mange les cheveux".

Quelquefois, il était permis de se faire accompagner de nos frères et soeurs qui n'avaient pas encore l'âge d'aller à l'école. Nous apportions un petit sac de tire Sainte-Catherine fabriquée par nos mères ou achetée au magasin.

À la Sainte-Catherine, on couronnait Baptiste et Catherine et les parents envoyaient de la tire. (Jacques Dorion)

La Sainte-Catherine est aussi la fête des vieilles filles de plus de 25 ans qui ne sont pas mariées. En effet, il y aurait une femme du nom de Catherine qui aurait été exécutée vers l'an 307 pour avoir refusé de se marier avec un empereur romain. La coutume se serait répandue depuis cette époque d'appeler Catherine, les filles de plus de 25 ans qui n'ont pas encore trouvé de mari.

Au début de la colonisation du Québec, la religieuse enseignante Marguerite Bourgeois a commencé à fabriquer de la tire en ce jour de fête pour attirer vers elle les petites Amérindiennes.

De nos jours, cette fête est un peu délaissée. Il y a encore des personnes qui fabriquent de la tire Sainte-Catherine ou tire à la mélasse, à l'automne, au mois de novembre.

(En partie extrait du site Web de french-canadian culture par Micheline Mongrain-Dontigny
Si vous connaissez des sites intéressants portant sur la culture canadienne française, vous plairaît-il de me le signaler.) frenchcaculture.guide@miningco.com en incluant l'adresse Web (URL) et je serai heureuse de l'ajouter. Merci ! )


Voici la recette des soeurs de Notre-Dame pour fabriquer de la tire Ste-Catherine :

Faire bouillir la cassonade, la mélasse, l'eau, le vinaigre et le beurre jusqu'à ce que la tire devienne dure en l'essayant dans l'eau.
Retirer du feu et ajouter le soda. Bien mélanger.
Verser dans un plat beurré ; laisser refroidir.
Dès que la tire est assez refroidie pour être maniée, la prendre en une seule fois et l'étirer vivement. Replier et étirer de nouveau plusieurs fois, aussi longtemps que possible, pour lui donner une belle couleur dorée.
Couper en petits bouts avec des ciseaux.
Pour les conserver, envelopper chaque morceau dans du papier ciré.


La distribution des prix de fin d'année se faisait en présence du curé et d'un commissaire. Ce dernier en profitait pour remettre un chèque à la maîtresse: le reste de son salaire annuel et parfois un supplément pour certaines tâches domestiques. Laver les planchers à la brosse et au savon du pays une fois par mois pouvait mériter à la maîtresse 15$.

À l'heure indiquée, le prêtre-visiteur faisait son entrée solennelle, suivi, bien sûr, du commissaire et des parents nombreux. C'était alors une bienvenue récitée, plutôt chantonnée bien candidement par une mignonne fillette, parmi les plus jeunes. Puis c'était les questions et les réponses préparées pour chacun des élèves. Tous ne répondaient pas avec la même assurance. Les réponses se faisaient plus enchevêtrées, plus mystérieuses, parfois on ne les entendait pas du tout, c'était le silence... on appelait ça fumer, un élève qui restait bouche bée dans un examen oral. C'était le moment où la maîtresse suait.
Après la séance de théâtre où chacun avait une phrase à dire, c'était la distribution solennelle des prix. Une liste de noms attendait là sur le pupitre depuis le début, tout à côté des prix symétriquement disposés et bien exposés à la vue de tous, prix offert par la Commission scolaire. Ces récompenses consistaient surtout en livres de messe, beaucoup d'entre eux étaient dorés sur tranche, s'il vous plaît.
Pour cette distribution, les élèves se disposaient en figure géométrique, au milieu de la classe. Tous défilaient à tour de rôle, les garçons les bras croisés, les filles les mains jointes, en commençant par les plus avancés, jusqu'au petit dernier qui n'en pouvait plus d'attendre si longtemps.
Enfin, c'était l'adresse, lecture plutôt sérieuse, remerciements d'usage, mots de reconnaissance, une pensée de foi, la bénédiction, enfin les mots magiques qui faisaient oublier toute la lassitude de deux longues heures d'attente, la fatigue s'estompait facilement en entendant résonner: Bonnes vacances à tous. (Antoinette Gilbert)

Mademoiselle Rita Boutin nous précisait que la fin de l'année était très pittoresque: le curé et les commissaires faisaient le tour des écoles pour la distribution des prix, l'école était parfumée au lilas à cette occasion, les parents étaient conviés. (Jacques Dorion)

Avant d'entrer en carême, il fallait aussi fêter le Mardi-Gras. Le programme de l'après-midi ressemblait sensiblement à celui de la Ste-Catherine. Aucun budget ne nous était alloué pour ces loisirs bien mérités. Il fallait compter sur la générosité de l'institutrice pour récompenser les élèves.
La distribution des prix à la fin de juin, c'était un jour de gala. Monsieur le Curé présidait, accompagné des membres de la Commission Scolaire. Une "adresse" lue avec éloquence, par une voix pleine d'émotions, débutait la cérémonie. Des prix enrubannés étaient remis aux élèves qui s'étaient distingués dans l'une ou l'autre des matières scolaires. Le prix d'assiduité était décerné à l'élève qui avait été présent à chaque journée de classe. Dans chaque pile de prix, un objet religieux prenait place: crucifix, chapelet, missel, statue, volume religieux... (Pont-Rouge, Antoinette Martel)

Une maîtresse était tellement fine que quand il faisait chaud dehors, on sortait sous les arbres pour continuer la classe. (Beauce, A. Lessard).

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