École de rang : édifice construit en milieu rural et où l'on offre l'enseignement élémentaire.
L'école de rang est généralement située sur un emplacement central par rapport
au territoire qu'elle dessert. D'apparence modeste, ce type de structure emprunte
beaucoup à l'habitation rurale quant aux techniques de construction et aux matériaux utilisés.
Elle s'en distingue surtout par son fenêtrage abondant (au moins 1/6 de la surface du plancher)
et son aménagement intérieur.
La majorité des écoles ne comptent qu'une seule salle de classe, un vestiaire,
un hangar à bois et des latrines. L'institutrice dispose d'une pièce ou deux,
parfois aménagées au grenier.
Un vestiaire pour chaque sexe (dans les faits, une section du vestiaire) devait être en dehors de la classe et la porte donnant dans la classe devait rester
ouverte pour permettre au "tambour" d'être chauffé et aéré. Il devait être muni de crochets pour suspendre les vêtements,
d'une tablette au-dessus pour y déposer les dîners. La porte extérieure ne devait jamais s'ouvrir directement dans la salle
de classe.
Les premières écoles de rang font leur apparition à la suite de l'adoption, en 1829,
de l'Acte pour l'encouragement de l'éducation populaire. L'enseignement prendra
un certain nombre d'années à s'organiser en milieu rural. À la fin du siècle dernier
et au début du XXe siècle, le nombre d'établissements augmente au rythme de
l'accroissement de la population. Il diminue à partir du début des années 1950
et se stabilise en 1964.
Les premières écoles logeaient dans des maisons privées.
En 1951, on comptait 5 125 écoles de rang. (Michel Jobin)
On les appelait ainsi parce que les gens les construisaient au milieu d'un rang, près du plus grand nombre possible d'enfants. Pendant plus de 150 ans, les écoles de rang ont permis aux Québécois de la campagne d'obtenir leur diplôme d'études primaires. (Cinq Chicots)
La pièce est bien ordonnée et même moi, je me sens intimidée en face des pupitres à deux places, bien alignés en trois rangées de quatre pupitres chacune. En avant, tout près du mur, on voyait un immense tableau noir au pied duquel était couchée la tribune où était bien assis le bureau de Mlle l'institutrice ainsi que sa chaise droite. Quatre fenêtres éclairaient la pièce et un bon poêle trônait derrière les rangées de pupitres. A droite de ce poêle à deux ponts, une porte s'ouvrait sur la chambre de la " maîtresse ".(Cinq Chicots)
Règlements concernant le mobilier et les fournitures scolaires:
Toutes les salles de classes seront suffisamment pourvues de pupitres fixés solidement au plancher,
avec tablettes où les élèves pourront déposer leurs livres et de sièges à dossiers.
La hauteur du siège devra être telle que les pieds de l'élève assis reposent sur le sol,
et la hauteur du bord du pupitre devra être telle qu'elle ne dépasse pas la
hauteur des coudes de l'élève assis. Ils seront disposés de telle sorte que les élèves feront face à la maîtresse.
La tribune sera placée sur une estrade d'au moins six pouces de hauteur.
Il y aura une armoire bibliothèque.
Un tableau noir d'au moins trois pieds et demi de hauteur s'étendra sur toute la
largeur de la classe, en arrière de la tribune du maître. Le bas des tableaux sera pourvu d'une tablette
pour y recevoir les craies et les brosses.
Toute école sera pourvue d'un poêle, d'une boîte à bois et d'un tisonnier.
Les autres objets qui constituent en outre le mobilier scolaire et qui doivent se trouver dans
chaque classe sont:
Un crucifix ou au moins une croix et une image encadrée ou une statue de la sainte Vierge.
Une copie des règlements scolaires et du programme d'étude adopté.
Un tableau détaillé de l'emploi du temps. Un journal d'inscription et d'appel d'après la formule approuvée.
Une pendule. Une cloche d'appel. Un timbre ou un signal. Un thermomètre.
De la craie et des brosses pour le tableau noir. Une fontaine à robinet ou un sceau couvert et
aussi au moins un gobelet. Un balai. Un régistre pour les visiteurs. Une série complète de cartes géographiques et les
cartes spéciales de la Puissance du Canada et de la province de Québec, lesquelles doivent être approuvées.
Un panier à papier. Un globe terrestre. Un dictionnaire approuvé et un exemplaire de chacun des livres approuvés, en usage
dans la municipalité. ( Règlements du Comité Cat., Abbé J.-Ovide Cliche, 1915)
Cinq grandes fenêtres laissaient pénétrer la lumière du jour. Il y avait trois rangées de bancs-pupitres, un poêle à deux ponts, une cloche. Une pompe à eau était installée au-dessus d'un puits. Parfois, des vers ou des souris sortaient avec l'eau. Elle n'était pas toujours buvable et il fallait aller chercher l'eau chez le voisin le plus proche.
Nous avions une chaudière de zinc suspendue au crochet de fer dans un coin. Chaque matin, deux petits gaillards couraient, soit à la rivière, soit chez le voisin puiser l'eau qui rafraîchissait tant... C'était tout de même ennuyeux de puiser l'eau dans une chaudière commune et surtout de boire à la tasse commune et pas toujours neuve. (Antoinette Gilbert)
Il fallait aller chercher l'eau à la rivière. Un jeune garçon se chargeait d'aller remplir une chaudière qu'on suspendait, près de la porte, à une tige de fer munie d'un crochet. Les élèves se désaltéraient à une tasse commune, sans se soucier outre mesure de l'hygiène et des microbes! Le ravitaillement était plus difficile en hiver. Il fallait alors un élève au bras assez fort pour creuser un trou dans la glace d'où on tirait de l'eau mêlée de glaçons. (Vénérande Douville-Veillet)
Différents objets utiles étaient disponibles dans les appartements de la maîtresse: une lampe à l'huile, une table, une chaise berçante, un lit, un pot de chambre et un prie-Dieu pour les confessions mensuelles. Il arrivait qu'il y ait des souris dans l'école.
Vers 1900, l'école no 8 du grand bois de l'ail n'offrait plus le volume cubique d'air réglementaire. (150 pieds cubes par enfant) Nos ancêtres n'étaient pas à court d'idées; on décida de hausser la classe en abaissant le plancher de plusieurs pouces. Ainsi, les enfants n'étaient pas distraits par l'extérieur, les fenêtres étant trop hautes pour y regarder. Quand à la porte, l'esthétique a voulu qu'elle soit plus basse que les fenêtres. Le logement de la maîtresse se trouvait surélevé de deux marches. (Pont-Rouge, Denise Lavallée)
L'école est très froide: pas de plancher de bois ni de chassis doubles.
Ce n'est pas une école, c'est une grange. Il n'y a qu'une table et quatre bancs dont les
pattes sont arrachées. C'est bien triste d'enseigner. Pour l'écriture, il faut faire écrire une
partie des élèves, ensuite l'autre partie, car ils n'ont rien pour poser leur cahier.
J'en ai fait part aux commissaires mais ils n'en font aucun cas.
Même pas un balai pour balayer la classe. Il faut leur en demander un trois mois d'avance.
Le commissaire de l'arrondissement n'aime pas l'instruction, il dit que ce n'est pas nécessaire, que
c'est dépenser de l'argent pour rien. (Jacques Dorion)
Quand celui d'en avant avait les cheveux longs, il arrivait que des poux tombaient sur le pupitre d'en arrière. J'en ai jamais attrapé. Attraper ici a le sens de contaminer. (Beauce, A. Lessard)
En 1950, il n'y a pas d'eau courante, les toilettes que Monsieur l'inspecteur appelle "latrines" mais que tout le monde nomme "bécosses" sont dehors. Un couloir non chauffé y mène; l'hiver la neige s'infiltre. Vous savez sans doute que ce n'était pas le grand confort: ça sentait fort, et le papier de toilette, c'était habituellement des feuillets découpés dans le journal l'Action catholique ou l'Union des Cantons de l'Est. Certains privilégiés utilisaient du papier de soie des "patrons" pour vêtements ou des emballages d'orange de Floride. (Cinq Chicots)
Cabinet d'aisance est assez mal choisi pour désigner un tel lieu, disons plutôt cabinet de souffrance, quand on songe que bien des fois, la maîtresse elle-même dut s'asseoir sur la glace pour satisfaire aux besoins les plus urgents. (Antoinette Gilbert)
Les jours de grand froid, il fallait mettre souvent du bois dans le poêle. Le matin, les enfants avaient quelquefois les doigts gelés pour écrire. Les toilettes n'étaient pas chauffées et il fallait sortir de l'école, traverser un long corridor qui servait de remise pour le bois. Les toilettes, c'était une boîte avec un trou au milieu: un côté pour les filles et un autre pour les garçons. Ce n'était pas rigolo et quelquefois il y avait de la glace jaunâtre sur les bancs. (Pont-Rouge, Cécile Bussières)
Antoinette Giguère raconte: Enfin cette tribune, ornée d'un pupitre boiteux, dans le tiroir duquel les souris de sont plus à échiffer les Enseignements primaires et les Régistres pour plus de confort à leur nichée, sans se soucier de l'ennui au'aura la nouvelle institutrice à classer les élèves sans l'aide du journal qu'elles ont grugés. (Jacques Dorion)
Les souris à pattes blanches ou souris des bois construisent leur nid dans des chalets encore de nos jours, utilisant tous les matériaux disponibles. Non loin de leur nid douillet, elles accumulent en tas leur provision de graines, souvent même sur le plancher. Et ces petites bêtes sont prolifiques... Il était impossible de garder un chat en permanence dans les écoles de rang.