On disait de l'école d'autrefois que c'était le vestibule de l'église, et de
l'institutrice qu'elle était la prêtresse de la terre. On exigeait donc d'elle
une conduite sans reproche, que le curé endossait par un certificat de
moralité.
Une manche trop courte, un col ouvert, un écart de
langage ou un goût trop affiché pour la danse au village:
un rien suffisait à jeter des doutes sur la capacité de la
maîtresse à conduire convenablement sa classe. Et les
commérages couraient vite au confessionnal !
Entouré de prestige et de respect, le curé venait en fait
vérifier le travail de la maîtresse auprès des enfants de
Dieu. C'était elle qui, cinq jours sur sept, veillait sur les
jeunes brebis et leur enseignait les vertus de la famille,
de la terre, de la patrie, et bien sûr, de la religion
catholique.
Une classe pieusement décorée pour le mois de Marie comblait monsieur
le Curé de contentement, tout comme une tirelire de la Survivance remplie
de sous pour sauver la langue française. Mais rien ne valait autant aux
yeux de tous que l'image d'un petit Chinois dont on avait sauvé l'âme pour
25 sous durement économisés. (Cinq Chicots)
Même sans diplôme, une maîtresse pouvait être engagée si un certificat de moralité avait été émis par le Curé de la paroisse.
Mgr Lartigue incitera le curé de Sault-au-Récollet à refuser les sacrements au maître d'école qui enseigne aux filles et aux garçons en même temps. (Jacques Dorion)
Le 1er vendredi du mois, il fallait se rendre sous l'église. Y avait plein de prêtres à St-Victor à cause du Séminaire. J'ai été écoeuré de religion. Je voulais pu rien savoir.(Beauce, A. Lessard)
De la surveillance morale des élèves:
Veillez sans cesse à ce que les élèves se tiennent toujours occupés; qu'ils gardent leurs
mains sur les pupîtres ou qu'ils aient les bras croisés. Groupez les filles d'un côté et les
garçons de l'autre. Dans les récréations, les petits garçons doivent jouer d'un côté de l'école, les filles de l'autre.
N'en laissez pas aller plusieurs à la fois aux lieux d'aisances à moins de graves nécessités.
Voyez à ce que vos élèves soient habillés décemment. Metez toute naïveté de côté et sachez
surveiller fidèlement et sans que vos élèves ne se doutent de rien.
Réflexion: Les enfants sont à l'école non pour se pervertir mais pour devenir meilleurs!
(Abbé J.-Ovide Cliche, 1915)