L’ÉRABLIÈRE DU LAC-BEAUPORT
Là où les lièvres ont des cornes
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Le Soleil, 01/03/2006
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Par Alain Bouchard
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Drôle de cabane à sucre que celle qui expose un
couple de lièvres «empaillés» en train de copuler — nous les
cachons quand il vient de jeunes enfants, insiste le responsable —, et
dont le mâle porte… des cornes !
«Vraiment, monsieur, je ne savais pas ça. C’est bien la première
fois qu’on me le dit ! » La surprise, ce jour-là, était celle
d’un élève du Centre Nouvel Horizon, une école de Québec pour
jeunes adultes «raccrocheurs». L’attrape fonctionne à merveille
avec plein de monde, explique le coupable, Richard Lessard. «C’est
normal, dit-il. Les jeunes d’aujourd’hui n’ont plus de contact
avec les animaux. Comment alors les connaître ?» |
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L’Érablière du Lac-Beauport, située sur le
chemin des Lacs, ne compte pas que des lièvres en train de copuler…
comme ils le font la plus grande partie de leur vie. Elle compte 39
autres espèces naturalisées d’animaux sauvages du Québec. Beaucoup
plus que le zoo de Québec, qui avait choisi de faire place aux oiseaux.
Le gag du lièvre à cornes est la signature
caricaturée du style unique que la famille Lessard a voulu donner à sa
cabane à sucre. Une excursion pédagogique et ludique au pays des
sucres, à 20 minutes en voiture du centre-ville de Québec.
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Savez-vous comment la sève d’érable a été découverte
? lance Richard Lessard, directeur de l’exploitation, animateur, guide
touristique, humoriste, même un peu menteur de l’érablière. Et
savez-vous comment fut ensuite découvert le sucre d’érable ?
Réponses au musée de l’érable, l’un des deux pavillons
historiographiques qui flanquent le bâtiment central traditionnel où
sont servies les incontournables fèves aux lards, oreilles de crisse et
crêpes arrosées de sirop d’érable. |
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Ce menu, raconte Richard Lessard, origine du repas
que prenait en forêt le bûcheron d’autrefois, alors qu’il
travaillait jusqu’à épuisement. Quand il revenait au village au
printemps, il y emmenait ses recettes avec lui. Et pour en changer le
goût devenu trop répétitif, quelqu’un eut un jour l’idée
d’arroser tout cela de sirop d’érable. |
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La tisane oubliée
Le second pavillon s’appelle le Camp du trappeur. C’est là que se
trouvent les 40 spécimens d’animaux naturalisés qui constituent une
collection probablement sans pareille au mètre carré. Ours blancs,
bruns, noirs, orignaux, caribous, carcajous, loups, coyotes, renards,
couguars, lynx, visons, loutres, rats musqués. Et il en manque encore
26 espèces. Imaginez ! |
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Alors, l’eau d’érable, Monsieur Lessard ?
« Une Amérindienne qui voit un jour des oiseaux sucer avidement des
bourgeons d’arbre décide d’aller y voir de plus près, raconte
l’homme. Elle découvre en léchant son doigt que le liquide des
bourgeons a un léger goût sucré. Elle extrait ce qu’il faut pour en
faire une tisane, l’une des boissons préférées des Amérindiens.
Elle oublie la tisane sur le feu. Et lorsqu’elle revient, le liquide a
été transformé en tire par évaporation ! »
Le musée décrit aussi les grands tournants de la cueillette de l’eau
d’érable. Au début, l’homme transportait le liquide dans des
seaux. Il attela ensuite un chien pour le transporter. Ensuite un bœuf,
puis un cheval. L’ère du moteur remplaça les animaux par le
tracteur. Et vint la tubulure d’aujourd’hui, dans laquelle l’eau
circule par gravité jusqu’à la bouilloire.
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Les acériculteurs considèrent l’eau d’érable comme de l’or
liquide. « Nous ne sommes même pas rendus à mi-chemin du potentiel
touristique de ce produit, clame Richard Lessard, alors qu’on se fait
dire de réduire notre production par les gouvernements. »
L’Érablière du Lac-Beauport, indique-t-il, doit acheter pour 100 000
$ de tire d’érable par année pour satisfaire la demande qu’elle
contribue à créer par sa mise en marché pétaradante.
Si son portail Internet « parle » cinq langues, « c’est que notre
clientèle vient de partout dans le monde, insiste Richard Lessard. Les
Français, par exemple, ne se lassent jamais d’entendre raconter ces
histoires de premiers colons venus de chez eux pour bâtir la
Nouvelle-France. Et c’est normal. Nous ferions la même chose ! » |
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Qu’est-ce qu’une mouvette ?
Les érables ont commencé à couler mardi seulement dans les montagnes
du chemin des Lacs, la dernière zone vraiment érablière du nord du Québec.
Il n’y a pas d’érables dans le parc des Laurentides. Et les rares
cabanes à sucre du Saguenay s’abreuvent plutôt à la plaine, essence
cousine de l’érable. Pas étonnant que les Lessard doivent acheter
pour 100 000 $ de sirop. Leur érablière est ouverte à l’année. Ils
ont même une machine à neige.
Quand les groupes de visiteurs s’installent dans la salle à manger,
Lessard et son équipe les font participer à des concours de cuillers
musicales, leur font danser des sets carrés, leur soumettent des quiz
du genre : la feuille du drapeau canadien est celle de quel érable ?
L’été, l’érablière organise des méchouis, des réceptions de
mariage, des fêtes de tous genres. Les légendes de Richard Lessard
sont toujours au rendez-vous, tout comme le lièvre à cornes qui copule
avec sa belle.
Les organisateurs de la visite du Centre Nouvel Horizon avaient voulu
enrichir encore davantage le séjour du groupe à l’Érablière du
Lac-Beauport, ce jour-là. De sorte que les élèves devaient répondre
à un questionnaire écrit. Qu’est-ce qu’un chalumeau ? Quel est
l’autre nom donné à l’érable à sucre ? Qu’est-ce qu’une
mouvette ?
Non, non, pas mouffette. Mouvette !
Le mot de la fin revient à ce même élève qui était renversé
d’apprendre que le lièvre mâle porte des cornes. « Savez-vous
pourquoi les lièvres, comme les lapins, en sont venus à procréer
aussi souvent ? C’était historiquement pour maintenir leur niveau de
population, malgré les ravages des renards et des loups ! »
Un à un !
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