Les premières entailles
Les Amérindiens connaissent depuis longtemps le secret des arbres dont les feuilles rougissent à l'automne. Les Indiens en recueillaient la sève à la fin de l'hiver, en période de dégel, ce qui étonna les Français qui débarquèrent en Amérique.
À l'époque, les autochtones entaillaient les arbres en V, au printemps, lorsque la sève commençait à monter. Ils fixaient au bas de cette entaille un copeau de bois qui acheminait l'eau d'érable dans des récipients d'écorce de bouleau, appelés mokuks, puis condensaient la sève en sirop.
Deux méthodes étaient alors utilisées: soit qu'ils plongeaient des pierres brûlantes dans la sève, pour l'épaissir par évaporation, afin d'obtenir un sirop foncé; soit qu'ils congelaient la sève à plusieurs reprises en enlevant chaque fois la glace qui se formait. De cette façon la sève devenait progressivement plus épaisse au fil des nuits. Ainsi le sirop obtenu était plus transparent.
La plupart des tribus indiennes utilisaient le sirop d'érable à la fois comme médicament et comme aliment.
Ce n'est qu'au début du 18e siècle que nos ancêtres commencèrent à recueillir la sève des érables pour l'évaporer et en obtenir du sirop et du sucre. Inspirés par les méthodes amérindiennes, nos pionniers entaillaient à la hache, ou à la gouge, pour ensuite enfoncer une goutterelle (gou-drille) en bois de cèdre. La sève coulait alors goutte à goutte vers une auge de sapin, déposée sur la neige au pied de l'arbre.
Comme la préoccupation principale des premiers colons était de satisfaire les besoins de la famille, ce n'est qu'à la fin du siècle dernier que l'exploitation des érables à sucre se développa à l'échelle commerciale. L'entaille ne se fera plus à la hache: désormais le tronc des érables sera percé à l'aide d'un foiret (petite tarière) ou d'un vilebrequin. On remplacera les goutterelles de jadis par des chalumeaux de fabrication domestique et on utilisera des seaux de bois au lieu de casseaux de bois ou d'écorce de bouleau. Les accessoires de métal feront leur apparition un peu plus tard.
La construction d'une cabane à sucre permanente telle qu'on la connaît aujourd'hui n'apparaîtra qu'au début du 19e siècle. Avant cette époque, les cabanes à sucre n'étaient que de simples abris très rudimentaires. Ces installations temporaires étaient érigées et démolies à chaque printemps.
Source: Les sucres au Québec 1997