Un choix de quelques récits pittoresques
des début de Saint-Thomas-Didyme.

PRÉHISTORIQUE
de la paroisse de Saint-Thomas-Didyme.
Raconté par Jean Raphaël
Entrevue de Antonine Potvin en 1980.


En réalité, le premier à s'établir sur le territoire de la paroisse fut : Jim McNicoll dit Raphaël. L'histoire débute en Écosse vers 1850, alors, qu'un jeune écossais ayant du sang Inuit du nom de Jim McNicoll a été acheté comme esclave afin de travailler sur les bateaux de commerce.

Lors d'un passage à Montréal, Jim profite d'un moment d'inattention des gardes pour prendre la clé des champs. Il redescend le fleuve Saint-Laurent jusqu'à l'embouchure de la rivière Saint-Maurice, trouvant la voie plus sécuritaire, moins à la vue des humains, il remonte cette rivière ; c'était pour lui un territoire inconnu ; il y trouva sa subsistance avec les poissons des lacs et les animaux sauvages.

Un bon jour, il arriva à un tentement indien nommé Motachaîne, il a su se faire accepter par ces indiens en leur expliquant sa situation et en leur disant qu'il était lui-même descendant de tribu Inuit.

Dans sa fuite, il avait changé de nom soit Jim Raphaël au lieu de McNicoll. Il vécut quelques années à Motachaîne. Il maria une femme de la réserve, mais, n'eut pas d'enfant à la réserve.

Un jour, des marchands de fourrure vinrent à la réserve afin d'acheter la chasse d'hiver faite par les amérindien. Ces derniers les avertirent qu'une excursion était en route derrière eux afin de retrouver les esclaves déserteurs. Les amérindiens avertirent Jim qui était toujours recherché et lui conseillèrent de remonter les eaux de la Saint-Maurice afin de fuir. On lui donne quelques vivres et dans un canot d'écorce, il partit avec sa femme. A un moment donné pour plus de sécurité ils escaladèrent une chaîne de montagnes et arrivèrent à la rivière Chamouachan ; ils la remontèrent jusqu'à l'embouchure de la rivière Slasller qu'ils canotèrent jusqu'au lac du même nom. Par la suite, redescendirent sur la Micouachasse pour venir s'établir sur une pointe du lac à Jim appelé aujourd'hui " Pointe à Ti-Biche ". Ils y construisirent un camp en écorce monté sur une perche à l'aide de mousse et de terre ; c'était vers les années 1870,après le grand feu.

Quelques années plus tard, un père missionnaire, appelé Simonais, était à la recherche de familles indiennes afin de pouvoir les baptiser ; c'est alors qu'il arriva chez la famille Raphaël. A cette époque, 5 enfants étaient au monde, il les baptisa tous : Simon, Modeste, Johnny, Marie et Xavier ; de plus, il donna le nom de lac à Jim en l'honneur de Jim McNicoll dit Raphaël.

A la suite de cet événement, la famille planta une croix en souvenir du Père missionnaire. Cette journée là, Jim jura et fit jurer à ses enfants de toujours poursuivre la tradition de la croix. C'est aussi à partir de ce moment que Jim Raphaël entreprit des excursions vers Pointe Bleue puisque le missionnaire l'avait convaincu qu'il n'y avait plus aucun danger pour lui, le trafic des noirs étant aboli. Après cet événement, naquirent : Tommy, Philomène, et Jacques surnommé " ti-Biche ". Actuellement, Jean Raphaël, le garçon à Ti-Biche vit avec son fils Benoît Richard au lac à Jim, face à la pointe à Ti-Biche où il peut contempler le lieu de sa naissance.

Récit raconté par

M. Jean-Paul Darveau
en 1971


Notre manière de vivre a bien changé depuis les débuts de St-Thomas-Didyme. Nous y sommes arrivés au printemps 1929, j'étais âgé de 9ans. Nous vivions surtout des produits de la ferme ; on récoltait nos patates et légumes. En novembre ou au début de décembre, on faisait boucherie : Bœuf et porc, qu'on faisait geler pour la réserve d'hiver. Des confitures, il y en avait : bleuets, framboises, fraises.

Parlant de chantiers forestiers: ma première expérience fut à l'automne 1937 sur le chemin de Chibougamau pour faire de la slache. On avait un abri portatif, on plaçait des branches sur la terre pour se coucher. Nous n'avions pas de sac de couchage, simplement des couvertures en laine grise. Je mettais mes raquettes le matin et je les avais toute la journée ; nous avions un petit lunch pour dîner. On faisait un bout de chemin, on changeait de place avec l'abri portatif et tout le bagage.

Ensuite, j'ai été au chantier au lac à Jim pour Albert Darveau (Pitre). On travaillait à l'heure, 50 à 60 heures par semaine. Notre camp d'environ 20 par 30 pi. , on couchait sur des "beds à bœuf" (lits ). C' était des tablettes à 18 pouces de terre par 30 pieds de longueur ; soit:2 rangées une au-dessus de l'autre, on mettait des branches de sapin et un peu de foin, on se couchait tous cordés les uns contre les autres. Si la vermine prenait, imaginez que les poux rentraient. Nous avions une couverture de laine grise, car, on ne chauffait pas la truie (Poële) durant la nuit. La cuisine n'était pas loin de nos beds, l'espace était restreint. On faisait le bois de chauffage à chaque soir et à chacun son tour. On montait l'automne pour l'hiver; parfois, on avait une passe pour Noël et le Jour de l'An.

Le bois était bûché au sciotte, des billots cordés le long d'un chemin. Deux chartiers pour charger les billots à bras ; le bois était plus gros qu'aujourd'hui (12 pi. de longueur et 7 po. au plus petit bout). Je me souviens d'une talle d'épinette blanche de 22 po. de diamètre, on avait chargé ça à 2 hommes, on les roulait et les montait sur des ranches, pour les déposer sur les sleighs.

En 1949-50, j'ai eu un moulin portatif dans la forêt ; . on sciait du 12 pi. de longueur, on faisait brûler les croûtes, j'ai fait cela jusqu'en 1959. Je me souviens qu'en 1953 dans la forêt mon moulin portatif avait brûlé. J'étais au village, il y en a un qui m'appelle du dépôt à Murdock et il me dit : "je n'ai pas qu'une petite nouvelle à t'apprendre, ton moulin est brûlé".

Après, j'ai appelé chez Arthur Trottier à Dolbeau et lui ai demandé s'il avait un moulin portatif prêt à opérer ?, Oui, dit-il. Garde-moi le, je vais le chercher demain. C'était en Mars, ça pressait à cause du dégel du printemps. J'arrive en haut (camp), les gars me regardent tous, la face blême. car, j'avais un moteur neuf de $4000. 00 qui venait de brûler ; je n'avais pas d'assurance dessus. On se couche, je me suis endormi, le foreman le lendemain matin me regarde et dit : C'est vrai que tu n'es pas nerveux, moi. je n'ai pas dormi de la nuit à cause de cela et toi tu ronflais comme un bon". Le vendredi, nous étions prêts à continuer à scier.

En 1959, avec le changement du système domanial, j'ai pu avoir une garantie de coupe de 15, 000, 000 pi par année ; j'ai formé une compagnie avec une de mes filles et un neveu Maurice Darveau.

Pour terminer, je voudrais dire que ce n'est pas avec mon instruction que je suis parvenu à cela ; mais, avec mon courage, ma ténacité et l'amour du travail. J'ai connu ce que c'était de travailler avec un sciotte, une scie mécanique, un camion, l'avion, j'ai tout appris par moi-même en travaillant sur n'importe quelle machine.

Récit raconté par

M. Raymond Simard en 1971

Les chantiers en 1943


Je me permets de vous faire revivre sommairement les années 43-44. J'avais seize ans à l'époque et déjà il m'a fallu oublier l'école pour me trouver du travail. J'ai donc quitté ma famille pour me rendre dans les chantiers de "Auger Lumber" situés à 30 milles de chez moi. Imaginez 30 milles à ce temps là, c'était très loin parce qu'on le faisait à pied. Aussi pas question de descendre les fins de semaine. A seize ans, on devait être l'homme complet qui donne plein rendement et qui toffe la run, si non, on risquait de ne pas être sur la liste de rappel l'année suivante. On m'employa à ce moment là comme "guedi", c'était un travail qui consistait à construire le chemin, à la hache et au sciotte, dès que le chantier de coupe a été prêt à commencer je suis devenu "skider" en terme québecquois, ça consiste à apporter les billots en roules le long du chemin, à l'aide d'un cheval. L'automne, on chaînait les billots directement et aussitôt la neige arrivée on se servait d'une sley" pour le transport des billots du chemin à la rivière. Mon salaire $3.00 par jour du lundi au samedi inclusivement de 6h. 30 a. m. à 6h. 30 p. m.

Le dimanche était strictement respecté. On récitait le chapelet l'avant-midi et l'après-midi c'était le lavage du linge, les conditions d'hygiène étaient bien élémentaires il va s'en dire. Dans nos temps libres on jouait aux cartes, le samedi soir, on faisait aussi de la musique à bouche, du violon, de l'accordéon. Il y avait aussi des séances de tire au poignet, tire de balais et parfois même de la lutte. On s'amusait, on était heureux et ça ne coûtait pas cher.

On habitait dans des camps de bois rond, calfeutrés avec de la mousse, ce n'était pas chaud, je m'éveillais tôt le matin probablement parce que j'avais froid et j'allumais les poêles. Pour ce qui était de la nourriture, c'était parfait, loin d'être organisé comme aujourd'hui, on peut dire que les cuisiniers se débrouillaient très bien.

Ma première run avait duré six mois ; en revenant au foyer de mes parents, j'eus l'impression que j'entrais dans un château. Je remis à mon père tout l'argent que j'avais gagné. J'étais fier de moi, j'étais devenu un homme. C'est un peu cela l'histoire de mes débuts sur le marché du travail.

Si je vous ai raconté cela c'est pour vous faire constater l'évolution depuis ce temps. Quand on parcourait 30 milles, il fallait prendre 10 heures. Alors qu'aujourd'hui on le fait dans 30 minutes. Un salaire de $3.00 par jour, soit $18.00 par semaine de 60 heures. Aujourd'hui un opérateur reçoit $7.00 l'heure ce qui fait $315.00 par semaine de 45 heures.

Ce que l'on appelait sciotte est aujourd'hui abatteuse mécanique.

La hache est devenue ébrancheuse mécanique.

Le cheval a été remplacé par la débusqueuse ou transporteur.

Sommes-nous plus heureux ?

Sommes-nous plus riches ?

On peut tout de même dire sans risquer de faire d'erreur que c'est l'évolution qui fait ces progrès.

Raymond Simard

75 ième aniversaire de St-Thomas-Didyme Aurore Roy


Lucianna Allard

Entrevue avec

Madame Rhéa Paquet
Se reportant en 1930


En 1930, lors de notre retour à Saint-Thomas-Didyme, après avoir passé quelques années aux États-Unis où sont nés 4 enfants : Aurore, Joseph, Richard, et moi-même : mes parents se sont installés dans le rang 10 canton Girard sur une terre à coloniser.

Il y avait déjà quelques colons installés. Dans ces années là, on se voisinait beaucoup et on savait s'amuser ; on avait Adjutor Ménard qui jouait du violon, son frère Adélard de la guitare et sa belle soeur Germaine Ouellet (Mme Wilfrid Gauthier) maniait l'accordéon. Quand il y avait une noce, tout le monde était invité et on chantait, on fêtait, on dansait

Le monde n'était pas riche et on s'entraidait. Je me souviens que lorsqu'un colon faisait boucherie, il allait porter un morceau de viande chez les voisins les plus proches. Aussi quand il y avait quelqu'un de malade, ma mère s'empressait d'aller trouver la famille et passait le temps voulu pour sa guérison.

Il y avait le fameux marché de bluets. Les prix n'étaient pas réguliers comme aujourd'hui. On se levait un bon matin, le marché était à $0. 25 la boîte de 22 livres et le lendemain, le prix était plus élevé. On se faisait jouer des tours avec ce marché.

On récoltait nos légumes, on faisait notre beurre, le pain et on utilisait les sacs de farine et de sucre pour en faire des vêtements (jupon, taies d'oreiller, culottes pour dames, des nappes qu'on brodait). La priorité allait aux poches de sucre, car, elles étaient plus résistantes.

Nous, la famille Paquet, étions chanceux, papa travaillait comme ouvrier: maman et. Les enfants s'occupaient de la terre et des animaux. Tant qu'à la chasse, on tendait des collets à lièvres et on les vendait par pochetées aux marchands de Normandin pour se faire quelques sous. Aussi, il y avait la perdrix blanche, on la gardait pour nous autres, car, on l'appelait la "manne du bon Dieu". Le printemps, on pêchait la truite dans les ruisseaux. Il y avait des gens plus pauvres que nous, ils mangeaient du siffleux apprêté avec du lard salé qu'on faisait à la maison. Je termine en disant : "Aide-toi et le ciel t'aidera". La Providence a toujours été à notre secours et que Dieu en soit loué.

Entrevue avec

Mme Aurore Roy (Mme Hector Sénéchal)

Arrivés en juillet 1937. Nous restions à Normandin. Mon mari était boulanger et sa santé l'obligea de cesser ce travail qui lui était néfaste. Comme il était fils de cultivateur, il vint s'installer sur un lot à Dumais, voisin de Fortunat Garneau.

Comme industrie à St-Thomas, il n'y avait à ma connaissance que les moulins d'Adélard Perreault et Laurendeau. Nous avions deux magasins: Georges Sasseville et Georges Desjardins. Aucun restaurant, encore moins de salle de danse ; les veillées se faisaient dans les maisons privées. Les chemins sur la terre, qui, au printemps devenaient impraticables; on faisait des bouts en voiture attelée d'un cheval et d'autres bouts à pied, car le cheval avait peine et misère à passer les panses de bœuf comme on disait (c'étaient des gros trous de boue). Les chantiers en forêt :le mari partait à la fin d'octobre pour parfois ne revenir qu'au printemps (environ 5 à 6 mois) ; la femme restait à la maison et avait soin de la maison et des animaux à l'étable.

C'est vrai que nous étions en pleine crise économique. Si cette crise revenait aujourd'hui, je pense que les gens se croiraient à la fin du monde. Dans ce temps là, les gens étaient habitués aux sacrifices, on survivait avec les moyens du bord. Certains mangeaient leur pain sec avec de l'eau ; les bons cultivateurs pouvaient mettre du beurre sur leur pain, avec le produit du lait qui donnait la crème, on pouvait faire du beurre. Parlant de cette crise, le gouvernement donnait des primes de pitons, en échange, on pouvait avoir du tissu, comme j'avais des bébés, je me souviens en avoir échangés pour de la flanelle pour faire des couches, le tissu était tellement clair que les doigts passaient au travers ; donc, pour que les couches soient résistantes, il fallait les piquer.

Certains de ces gens qui sont venus s'établir ici, y restèrent encouragés par le curé de la paroisse ; mais, d'autres n'ont pas resté longtemps et sont repartis le gros de la crise passée. Tant qu'aux récoltes, l'homme coupait le grain avec un javelier et les femmes le liaient en gerbes, c'était un dur travail, il fallait aimer à travailler, on revenait en voiture avec les gerbes à travers les souches.

La mentalité des gens : la paroisse formait une grande famille, on s'amusait beaucoup, on se voisinait, on sortait ensemble, on allait prier à la croix du chemin. Quand quelqu'un était dans le besoin, on ne se faisait pas prier pour l'aider. Nos handicapés travaillaient avec nous, selon leur capacité.

Pour terminer, mon mari a été mesureur de bois, commissaire d'école très longtemps. Moi-même, je m'impliquais dans divers mouvements : fermière, j'y ai été présidente, j'ai fait partie des Dames de Ste Anne et de l'âge d'or.

Madame Aurore, vous êtes notre doyenne ; nous vous apprécions beaucoup, votre charité surtout. Combien de pintes de lait avez-vous donné à vos bébés, comme vous dites ? Nous n'oublierons jamais vos valeurs.

Faits racontés par

M. Lauréat Dubé
en 1978


Veillées des fêtes.

Durant les fêtes à partir de Noël, chaque famille du rang donnait un souper suivi d'une veillée et cela à tour de rôle jusqu'aux jours gras c'est à dire dernier dimanche avant le carême. Ca chantait, ça jouait de la musique (à bouche entr'autre), on dansait des sets carrés, des gigues simples ; pas beaucoup de boisson, on servait du vin ou de la bière (charpette) faits à la maison.

Ma chasse aux lièvres

En 1923, mon père allait dans les chantiers vers Dolbeau ; moi, je restais à la maison pour prendre soin de la petite ferme et je faisais la chasse aux lièvres. Voici de quelle manière je procédais : je n'avais pas de collets à lièvres, alors, comme j'aimais à bricoler, je me suis fait 75 trappes en bois munis d'une corde à moissonneuse imbibée de saumure. A chaque matin, les trappes étaient pleines. Donc, deux fois par semaine, je descendais à Normandin avec un rack à foin rempli pour les vendre. Parlant de chasse, il y avait quelques coureurs de bois qui partaient l'automne pour ne revenir qu'au printemps avec tout un paquet de fourrures qu'il vendait aux marchands de Normandin, : je me souviens entr'autre d'Alphonse Sénéchal qui faisait ça.

Lors du sinistre en 1955, à tous les dimanches, je donnais du temps pour aider les sinistrés ; j'ai surtout travaillé chez Thomas-Louis Lachance qui a dû rebâtir sa maison. Pour Terminer, j'ai aussi fait partie des gardes paroissiales dès le début et je m'en occupe encore.


Extraits de la publication Municipale pour le
75 ième anniversaire
de la fondation de St-Thomas-Didyme.
Veuillez y référer pour d'autres photos et d'autres textes.