Claude à 1 an, 2 ans et 3 ans. Hilaire Bégin, étant son parrain, il avait le privilège de se faire
photographier seul devant la maison, à chaque année. Ce qui fait l'envie de Réal et de Roger
que nous apercevons par la vitre.
1935. Marcel a un an. Il est captivé par un jeune chiot.
Ci-dessous: Thérèse, Yvon, Nicole, Jules et Raoul.
Réal, Roger, Marcel, Claude et Raoul, dans la traîne sauvage, assis sur une fourrure.
Glisser fut la passion de nos hivers: en traîne, en traîneau, en skis, en tobaggan.
C'était notre principale activité en cette saison.
Nous vivions sur le contrefort des Appalaches, aux confins de la vallée du St-Laurent, sur les bords de l'ancienne mer Champlain. Un auteur américain parlait du paupérisme des familles nombreuses canadiennes françaises
des régions appalachiennes... J'ai même vu au musée du Québec la photo d'un célèbre
photographe prise dans l'humble cuisine d'une telle famille.
La terre au complet était inclinée vers la rivière. Au sommet, la vue panoramique de la
Bécancour qui serpentait en bas frappait notre imagination.
Nous pouvions traverser la terre
au complet, en une seule glissade: un peu moins d'un kilomètre.
Une voisine, Mme Vachon, qui nourrit les dindes, fut la sage femme présente à chacune des naissances. Sa fille Victoire nourrit un jeune mouton au biberon.
Nous devions alors quitter la maison: Jos Vachon devait nous garder éloignés,
en nous faisant faire une excursion, ou en nous intéressant à des jeux ou en nous racontant des histoires.
D'après mes souvenirs, c'est seulement en de telles circonstances qu'un adulte était chargé
de nous distraire.


À l'occasion probablement d'une visite chez Jos Bégin.

À droite, Régina reçoit la visite de ses soeurs:
Germaine, Thérèse, Hélène et Julienne.
Aussi Réal, Roger et Armand Boutin..
Ils reviennent d'une promenade à la rivière Bécancour.
En revenant, ils passeront par le jardin et ramèneront quelques légumes.
À cause de notre isolement, les visites nous causaient de grandes joies.
Avant d'arriver, encore à un kilomètre, la parenté qui s'amenait klaxonnait.
Nous revenions alors en courant à la maison et nous apercevions l'auto monter la
côte de la chapelle.
Jamais de visite en hiver. Les visites se faisaient après le temps des foins, après
le temps des récoltes et au printemps. La parenté habitait surtout St-Isidore et
Breakeyville, à 80 kilomètres. Les nouvelles de la famille, de novembre à avril,
nous arrivaient par de fréquentes lettres auxquelles Régina répondait.
Ces lettres, qui contenaient parfois quelques photos, étaient très attendues. Puis c'était encore l'absence, le silence.
D'habitude alors nous nous changions. Lors de cette visite, nous avons gardé nos
vêtements de semaine pour jouer et courir librement, des vêtements usés, déchirés.
Pas de chaussures de juin à septembre: nu-pied. Nous avions une complète liberté
de faire ce que nous voulions. Nous aimions surtout courir derrière une roue que nous
poussions ou jouer dans le pic de sable. Une vieille bottine se transformait en camion, une
planchette, en avion. Des chemins, des montagnes, des ponts apparaissaient.
Il y avait aussi la cueillette des petits fruits sauvages ou aller manger des petites merises,
des cerises à grappe, des petites poires des champs, des ronces. Il y avait les commissions à faire chez les voisins,
aller chercher la malle au chemin, aller cri les vaches...
Durant l'été, il y avait de fréquentes baignades dans la rivière.
Toujours entre frères: jamais de petits voisins ou d'amis. Ils habitaient trop loin.
Régina et ses enfants au printemps 1938.
Déjà Philippe a procuré à chacun des rubbers, espèce de bottes courtes en caoutchouc. À la fonte des neiges, des "robbers neus", c'était essentiel
pour ne pas se mouiller les pieds.
Régina tient André dans ses bras.
Claude et Raoul, selon la mode des jeunes enfants de l'époque, ont les cheveux longs
surmontés d'un coq, c'est à dire que les cheveux frisés forment un rouleau sur
la tête. Les deux portent un gilet neuf. Des vêtements "achetés faites", c'était un événement
rare.
Réal était un enfant modèle: obéissant et respectueux. Roger avait un caractère indépendant
et faisait souvent comme bon lui semble. Marcel était volontaire, endurant. Claude était celui
que Régina préférait pour aider dans la maison. Raoul, le cinquième, devait supporter les agaceries
et parfois les moqueries des autres.
À l'été 1942, à l'occasion des voeux de Bérénice, il y eut une grande réunion de la famille
Bégin à la maison paternelle. Déjà une trentaine de petits-enfants.
Soeur Bérénice était une Oblate de Marie Immaculée qui oeuvrait à St-Boniface
au Manitoba. Une religieuse dans une famille était considérée, c'était un honneur, une fierté,
une bénédiction du ciel. Elle portait le titre de Révérende mère... Ce qui frappait dans son costume
c'était le coeur rouge et les gouttes de sang sur son scapulaire blanc. Il y avait à l'époque une dévotion
spéciale au Sacré-Coeur.
Vous pouvez sur la page,
Descendance de Jos et d'Exélia en 1942, identifier toutes les personnes apparaissant sur la photo ci-dessus.
En juin 1943, Thérèse Bégin épousait Philippe Boutin. Ils sont venus quelques jours chez nous
à l'occasion de leur voyage de noce. Voyez ci-dessous cette photo devant la vieille cuisine
où nous mangions durant l'été. Philippe Boutin a crié "Régina" pour la faire sortir et les
photographier. Elle était en train de couper le pain de ménage pour le repas.
La visite préférait ce pain que ma mère pétrissait dans la huche mais nous préférions le pain acheté faite.
À gauche, Jules, le 7e garçon, apparaît au milieu en avant.
Il devait avoir un don...
En arrière de Jules, André, qui n'a jamais pu parler. Il nous suivait partout et son handicap
mental ne causait pas trop de désagréments dans ce milieu à cette époque.
Roger s'en occupait d'une façon particulière, puis ce fut Raoul qui prit la relève.
Après la naissance de Nicole et Thérèse, il dût être placé en institution.
Soeur Bérénice désirait une photo avec tous les petits-enfants.
Ça a été difficile.
Certains ne voulaient pas, d'autres pleuraient.
Des malcommodes faisaient des grimaces, s'énervaient.
Finalement, un certain résultat fut obtenu.
Raoul et Rosilda Bégin, fille de Béatrice Carrier et d'Isidore Bégin, portent le bouquet.
Ce sont les noces d'or de Jos Carrier et de Luce Coulombe en 1944. Ils se sont mariés le 3 avril 1894 à St-Isidore.
C'est l'une des rares photos existantes de la famille de Jos et de Luce.
Pour plus de détails, une page spéciale
analyse cette photo des noces d'or de 1944 et la descendance de Joseph Carrier et de Luce Coulombe.
Vers 1949, lors d'une visite de Germaine et de Victorine.
Philippe avait la fâcheuse habitude de pincer
les cuisses de ses belles-soeurs.
Elles criaient alors et en étaient scandalisées.
Avec Régina, ses deux filles, Nicole et Thérèse,
longtemps espérées après 8 garçons.
À gauche, Nicole et Thérèse s'amusent avec le chien. À droite,
Thérèse, Yvon et Nicole, avant leur confirmation.
Ils sont photographiés devant l'érable, non loin de la maison.
La cérémonie aura lieu en l'église de Ste-Anastasie située à une dizaine de kilomètres.
À cette époque, les sacrements de l'église jalonnaient les moments les plus importants
de la vie et le clergé exerçait encore une très forte influence.
Dans le milieu isolé où nous sommes nés, il était impossible de poursuivre des études,
à cette époque. L'école du village, c'était trop loin. La maîtresse de l'école du rang 11
ne pouvait former des élèves pour le certificat de 7ème année: elle ne possédait pas l'anglais,
avait une scolarité équivalente à la 8ème ou 9ème année. Et puis nous parlions le joual.
Elle nous annonça un jour: Demain, ce sera votre première leçon d'anglais.
Répétez après moi, dit-elle: Teapot. Et Marcel, le dur de la classe: Hein! l' thépotte,
ça fait longtemps qu'on sait ça. Ce fut notre dernière leçon d'anglais.
Il n'y avait aucun livre à la maison, même pas la Sainte Bible que Monsieur le Curé
Augustin Paré interdisait dans maisons. Pour une raison inconnue, Philippe s'abonna au journal
Le Soleil que nous recevions un jour en retard. Après la grand-messe, à l'épicerie de Napoléon Isabelle, en se privant de "Sept-Up", d'Orange Crush
ou de paquet de tabac, Raoul pouvait acheter la Patrie du Dimanche: c'était là les
seules lectures.
À 13 ans, au mois de janvier 1949,
Raoul, à droite sur la photo, partit pour cette raison pour le Mont-Villeneuve, près de
St-Ferdinand d'Halifax. C'était un internat situé à la campagne, pour les orphelins et
les jeunes délinquants. Les enfants de familles nombreuses, si les parents étaient du bon côté
(Union Nationale de Maurice Duplessis), pouvaient profiter de l'aide du député Tancrède Labbé.
Il y avait là d'excellents éducateurs.
C'est ainsi que Raoul put passer ses certificats de 7ème et de 9ème année. Roger y est allé aussi:
il a déserté. Claude a abandonné et Yvon y a finalement réussi sa 9e année.
(Et aussi un corps de cadets. Au printemps, nous faisions de la drill.
Ce qui permettait de profiter gratuitement d'équipements et de vêtements: skis, chaussures...)
À gauche, Réal Carrier, vers 18 ans.(1929-1979)
Il fut le premier à naître des nombreux petits-enfants de Jos Bégin et d'Exzélia Gagné.
Il fut évidemment cajolé par ses 11 tantes Bégin.
Il s'inscrit au séminaire des vocations tardives, dans la Beauce.
Finalement, il devint mécanicien à Laurierville.
Blessé à la main à la suite d'un accident de travail, il décide d'être professeur
de mécanique à Ste-Marie de Beauce où il déménage
avec son épouse Denise Fillion et leurs enfants.
Réal était très adroit et sa vie fut sous plusieurs aspects exemplaire.
Il milita dans une société de tempérance, les Lacordaire, dont il porte fièrement le bouton..