Ls-Philippe Carrier et Régina Bégin: (2)
Régina

Régina enviait parfois ses soeurs qui avaient un meilleur sort, surtout Bérénice, la religieuse. Je crois que la vie lui fut souvent pénible, une vie de dévouement, d'acceptation de sacrifices sans nombre dans l'espoir de récompenses dans une autre vie...
Elle s'est occupé de nous, un peu comme une chatte s'occupe de sa portée. Connaissant peu d'autres bonheurs, elle s'en satisfaisait. De nous voir contents lui suffisait.
Après son mariage avec Philippe, elle dut quitter ses parents, ses 11 soeurs et ses 4 frères, pour aller vivre avec un homme rude, dans une solitude éloignée. Elle s'ennuyait beaucoup et chaque fois que la visite repartait, elle pleurait.
Je transcris ici un texte révélateur, écrit en partie de sa main et le reste, par Bérénice, sous sa dictée, en 1978. Elle ne conserve, je crois, que les souvenirs heureux...

Le 29 août 1928, s'unissaient pour la vie Philippe Carrier et Régina Bégin. Ce fut une belle journée ensoleillée. C'est la première d'une famille de 16 enfants qui quittait la maison paternelle. Son père était un peu indécis de donner sa Régina, car il désirait la garder jusqu'à 21 ans au moins. Ils partaient pour un pays lointain. Au bout de quelques semaines, ils se sont adaptés vite à leurs nouveaux voisins. Ils se sont mis à l'oeuvre à leurs devoirs d'état car au bout de quelques mois naissait leur fils aîné Réal qui fut la grande joie de ses parents, et ses nouvelles tantes surtout.
Rose, Philippe, Régina, Gertrude.
Chaque printemps, malgré un dur travail, c'était le temps des sucres lorsque toute la famille passait d'heureux moments soit pour aller recueillir de l'eau d'érable, pour faire un bon sirop, et aller manger à la cabane en allant porter le dîner quelques fois le souper, et prendre quelques bouchées en sa compagnie. Le jour de Pâques arrivait, où l'on fêtait en compagnie de quelques voisins, et souvent la parenté venait participer à ces fêtes.
Lorsque arrivait le 1er avril papa (Philippe) passait une nuit sans dormir certain pour trouver des tours pour faire courir tous les gens de la maison, surtout maman (Régina) qui était facile car elle avait tant de choses à s'occuper: sa maisonnée de 10 enfants encore bien vivants, ça demandait beaucoup de couture, tricot et popote.

Pâques 1929: départ pour la messe.
Dans la voiture de gauche,
Herménégilde Carrier et Rose Bégin.
Dans celle de droite, le voisin d'en face,
Eugène Fillion et Laura Bégin.
Nous apercevons à gauche la maison
du voisin d'à-côté, Rofus Paterson.
Dans la porte, Gertrude Bégin.
Nous sommes nés tous les 10
dans la chambre dont nous apercevons la fenêtre.


À gauche, avec Gertrude, leur filleule, Gilles et Hélène.
Remarquez, à droite, un peu de la vieille cuisine d'été et le renchaussage.

Lorsque le temps des fêtes arrivait, papa se préparait à l'avance en fabriquant des boissons alcooliques. Il se levait de bonne heure afin de faire la randonnée du voisinage. Papa se réchauffait, ce qui lui donnait de l'entrain même de chanter, sa seule chanson,"Chez nous on fait un festin".
Leur banc était l'un derrière l'autre à l'église mais quand ils se sont parlé pour la première fois maman (Régina) avait 18 ans. C'était à une veillée chez Antoine Bégin. Maman était accompagnée de quelqu'un d'autre mais accepta de jouer aux cartes avec papa et ils passèrent la soirée ensemble. Leurs fréquentations commencèrent qui ont duré deux ans. Pendant l'hiver papa allait travailler 5 mois dans les chantiers et venait faire un tour aux fêtes. La première demande en mariage se fit à la fin de juin 1928 mais M. Bégin refusa de donner la main de sa fille tout de suite il voulait encore la garder un an. Le lendemain papa alla s'enrôler dans l'armée de la Citadelle de Québec. Maman eut sa première peine d'amour qui dura une journée car en revenant de Québec le soir Laura alla arrêter sa voiture au chemin et ils se fréquentèrent de nouveau. Avec l'aide du député du comté papa a réussi à briser son contrat d'un an avec l'armée. M. Bégin accorda enfin la main de sa fille et ils se marièrent le 29 août 1928. (Philippe est à gauche sur la photo.)


Papa aimait bien faire courir le poisson d'avril il réussissait presque toujours d'ailleurs. Maman se faisait prendre à chaque année en voici un. Ils étaient déjà en retard pour partir pour la messe et papa lui demanda d'aller soigner une moutonne malade parce qu'il n'avait pas le temps. Maman prépara en vitesse le remède et courut soigner sa moutonne malade. C'était sur une glace vive entre la maison et l'étable. Elle trébucha plusieurs fois avec sa bouteille de remède dans sa hâte d'aller la soigner et partir au plus vite pour aller à la messe. Au moment où elle arrivait à la porte de la bergerie il lui cria Poisson d'avril. Avec son sens de l'humour maman ne se choqua pas mais elle ne rit pas non plus.
En voici un autre qu'il fit courir à oncle Gilles et Raymond Guay. Ils étaient venus aider dans le temps des sucres. Ils trayaient les vaches le matin du 1er avril. Papa arriva et leur dit de laisser faire les vaches et d'aller chercher la carabine à la course à la maison parce qu'il a vu un beau renard dans le jardin. Ils furent obligés de retourner une 2ème fois à la course à la maison pour aller chercher les cartouches. En apprenant que c'était un poisson d'avril oncle Gilles furieux tira plusieurs fois en l'air.

La famille Jos Bégin vers 1933.
Cliquez pour identifier.

Descendance de Jos Bégin et d'Exz. Gagné en 1996.
(La généalogie des Bégin est mise à jour par Laurent Bégin (418) 882-5888
Communiquez-lui tout ajout ou tout changement. Merci Laurent de ce que tu fais pour la famille.)

Il a joué un très vilain tour à tante Laura et Hélène qui étaient aussi venues dans le temps des sucres. C'était Pâques au matin. Papa alla chercher de l'eau de Pâques mais pour leur jouer un tour la mêla avec autre chose dont elles doivent se rappeler très bien.(De la pisse) Elles se lavèrent la figure et les mains en se frictionnant très fort car dans ce temps l'eau de Pâques c'était miraculeux. Papa n'avait rien à son épreuve et elles avaient raison de ne pas être de bonne humeur.

P.S. Après leur mariage ils restèrent un mois chez M. Carrier parce que papa devait finir les récoltes avant de monter à Inverness. Ils partirent un matin de bonne heure et arrivèrent le soir. Ça n'allait pas vite en buggy et le ménage suivait dans un quatre-roues conduit par oncle Gilles. Ils s'y installèrent pour trente ans ensuite ils déménagèrent à Lyster où ils vivent depuis vingt ans.
Qualités (bon coeur et générosité, volontaires et tenaces travailleurs acharnés.)

Texte écrit par Régina avec l'aide de Bérénice en 1978.
Complété par Raoul Carrier, 27 mai 1993.

À gauche, chez Régina et Philippe. Vers septembre 1930. Jos Bégin et Exzilia Gagné viennent aux pommes chez Régina et Ls-Philippe. À droite, Germaine et Julienne Bégin. Les 2 enfants: Madeleine Bégin et Réal Carrier. Il y avait deux vergers sur la terre. Ls-Philippe raconte qu'il est parti le char plein de pommes pour les vendre: il a dû toutes les donner: c'était la crise. Il racontait avoir passé l'hiver avec une cenne noire dans ses poches...

Un an après le mariage de Régina, le 26 août 1929, il y eut le mariage double de Rose et de Laura.
À gauche, Edmond Peltchat et Rose Bégin.
Au centre, Ls-Philippe Carrier et Régina Bégin.
À droite, Joseph Guillemette et Laura Bégin.
Denis Peltchat m'a fourni un texte magnifique rédigé par Rose
sur la vie d' Edmond et Rose.

À gauche, en visite chez de la parenté dans la région de Drummondville, probablement chez Jos Gagné.
Régina, Pamphile, Exzélia, jos, Philippe
l'hôtesse.
Germaine, Madeleine, Réal Carrier, Julienne.
Ci-dessous, la famille Bégin, vers 1942,
lors d'une fête pour soeur Bérénice.

SUITE 3:
Ls-Philippe Carrier et Régina Bégin:
au temps des sucres.

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